MALEC FORGERON / THE BLACKSIMTH - BUSTER KEATON - 1922

Keaton naît en 1895 au Kansas au sein d’une famille d’artistes itinérants : son père est acrobate et sa mère musicienne. Il se produit sur scène dès l'âge de 5 ans. Son père l’initie à la "cascade", ce qui lui vaut le surnom de "Buster" ("casse cou" mais aussi "bon pote").
Il travaille donc sa maîtrise corporelle sur scène à partir de chutes chorégraphies et d’acrobaties millimétrées.
Il quitte la troupe familiale pour se tester au cinéma à 17 ans.
Il rencontre "Fatty", qui est déjà une grande vedette, et tourne avec lui des slapsticks à base de poursuites et de batailles de tartes à la crème.
Le garage de Fatty, 1920
Tout d’abord simple faire-valoir, il s’impose peu à peu avec un style plus personnel et plus subtil.
Son œuvre est remplie d’optimisme. Son personnage est introverti mais téméraire et toujours en quête de l’amour.
Ses gags physiques imposent des plans larges dans lequel on peut voir le corps en entier car c’est bien ce corps, et non l’expression du visage, qui traduit la psychologie du personnage.

Un personnage jamais immobile qui impose un cinéma en perpétuel mouvement : le rythme du corps Keatonien entraîne celui de la mise en scène et du montage.
A la différence de Chaplin, les films de Keaton, ne sont pas des satires sociales mais plutôt des constats désabusés sur les moeurs de la société américaine.
Tout comme Charlot est un nom inventé par les distributeurs français, le personnage de Keaton est connu en France à cette époque sous le patronyme de Malec, qui est tout simplement l'anagramme de Calme.

Malec Forgeron est un film correspondant au registre habituel de Keaton : un personnage d’une inconscience, d’une incompétence et d’une maladresse exceptionnelles, mais aussi d’une totale innocence qui lui permet de garder une sorte de grâce au milieu du chaos.

Le mépris de classe que montre à son encontre la cavalière à la jument blanche et le propriétaire de la voiture est aussi celui du travail manuel et salissant de Malec.

La souillure est déclinée deux fois : sur la jument blanche et sur la voiture de luxe.
Malec Forgeron : la souillure de la voiture
La souillure se transforme ensuite en destruction, elle aussi décliné plusieurs fois : volontairement sur l’assiette d'oeufs, involontairement sur la vieille Ford T et sur la voiture de luxe. Car Malec ne détruit qu’en voulant travailler mais il est débordé par toutes ces choses qui agissent sur lui plus qu’il ne parvient à agir lui même.

Ces gags sont rendus encore plus efficaces par le côté involontaire du jeu de l’acteur.
Malec Forgeron : le patron essaie d’assommer Malec avec une portière
Il s’agit d’un gag "Keatonien" typique : il est extrêmement dangereux et réclame une préparation minutieuse, d’autant que le personnage est en mouvement. Une erreur d’appréciation peut se révéler très dangereuse.
Ce gag n’est pas sans rappeler celui de "Steamboat Bill Jr" (1928) où Keaton ne passe plus au travers d’une porte de voiture mais bel et bien d’une maison entière.
Steamboat Bill Jr, 1928
Si chez Chaplin le mouvement du corps s’impose à la mise en scène, c’est ici, au contraire, la mise en scène qui dicte la position du corps…

Après tout, si l’« homme qui ne rit jamais » porte si bien son nom, c’est que, selon son auteur lui-même, il était bien trop « concentré sur ce qu’il faisait » pour trouver le temps d’en rire.

Si tout est calculé dans la mise en place des gags, le personnage de Keaton est paradoxalement souvent sauvé par le geste involontaire qui devient salvateur : vider le château d’eau sur ses poursuivants par exemple.
Le geste involontaire qui devient salvateur
Toute la dernière partie du film est consacrée à "la fuite" du héros. Cette fuite fonctionne comme un cauchemar puis comme un rêve pour atteindre finalement le merveilleux.

En effet, Malec subi d’abords une suite de situations catastrophiques : il veut fuir en calèche mais est arraché du siège, il est alors traîné par le cheval puis projeté au loin… Il se coince alors le pied dans un aiguillage de chemin de fer et un train fonce sur lui... Contre toute attente, le train s’arrête au dernier moment mais la peur le fait bondir hors de sa chaussure.

Vient alors pour lui le registre du rêve qui se réalise : la femme tombe dans ses bras comme par enchantement, ils se sauvent ensemble et… ils auront beaucoup d’enfants !
La mise en scène finale nous montre le passage du train au jouet, et Keaton dévoile l’artifice de la magie cinématographique... en baissant le rideau.
Keaton dévoile l’artifice cinématographique
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