Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol se lancent dans une aventure inédite : réaliser un film d’animation…policier ! Le 15 décembre 2010, leur premier long métrage, Une vie de chat, voit le jour après plusieurs années d’écriture, rythmées par de nombreuses péripéties. Le succès est immédiat : une nomination au César du film d’Animation 2011 et aux Oscars 2012. Cette œuvre graphique d’1h05 repose sur des principes inédits : l’univers est noir, mais l’image resplendit de couleurs rutilantes. Ce film destiné à tous les publics, multiplie les jeux de références cinématographiques.

SYNOPSIS

Dino est un chat peu ordinaire : il mène une double vie, entre deux foyers. Le jour, il est avec Zoé, la fille de Jeanne, commissaire de police qui travaille à l’arrestation d’un voleur de bijoux, ainsi qu’à la protection d’une statue, le Colosse de Nairobi. La nuit, il retrouve Nico, un habile cambrioleur qui arpente les toits de Paris, d’une souplesse hors du commun. Mais un soir, les événements se précipitent. Zoé découvre que Claudine, sa nourrice, est en fait une espionne qui travaille pour Costa, l’ennemi public n°1, qui n’est autre que l’assassin de son père, donc la cause de son mutisme. La fillette court dès lors un grand danger. S’engage une course-poursuite haletante et incroyable jusqu’en haut de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Un film écrit à quatre mains !

Ils ont une technique de travail bien rodée : 15 courts-métrages réalisés ensemble depuis L’Égoïste (1995) récompensé par plusieurs prix. Les deux compères se sont rencontrés au studio Folimage (studio de films d’animation) en 1988. Depuis ils travaillent de concert : Alain Gagnol, auteur de romans policiers (Léon a peur, 2005, Pire que terrible, 2015, Magnard jeunesse) est au scénario. Jean-Loup Felicioli, animateur et graphiste au studio Folimage, dessine. « J’ai toujours des idées d’histoires que je propose à Jean-Loup pour voir si ça l’intéresse ou pas. Il y a donc un premier tri qui se fait comme ça et si l’on se met d’accord sur une histoire, alors je l’écris. C’est ainsi que naît le premier jet de scénario. Et puis une fois que Jean-Loup prend le scénario en main et qu’il applique ses dessins, ça change beaucoup parce qu’il y a des choses écrites qui ont l’air très bien et qui ne tiennent pas du tout le coup à l’image, il faut alors trouver autre chose. Il y a beaucoup d’allers-retours entre nous qui se font comme ça. » déclare Alain Gagnol.
Ils ont vite trouvé leur style : un univers noir accompagné de dessins fantaisistes, colorés, d’inspiration picturale (Modigliani, Matisse ou encore Picasso), avec de fausses perspectives : « Avec des images désespérantes, les histoires d’Alain auraient pu être horribles. Je les ai tirées vers la couleur, en jouant sur les fausses perspectives, les décors de guingois, les gros plans inattendus, l’irréalisme des coloris... » déclare Jean-Loup Felicioli.

UN POLAR EN DESSIN ANIMÉ, AUDACIEUX NON ?

Le tandem a rencontré pas mal de péripéties pour ce film. On rembobine. Les deux auteurs souhaitaient écrire un dessin animé destiné à un public d’adultes. Mais à cause des réticences des diffuseurs, ils ont dû redéfinir leurs intentions et orienter ce premier long métrage vers un public jeune : « Pour ce film on n’a jamais réussi à trouver l’argent pour faire une version du film destiné à un public adulte. On l’a vécu comme un échec au début. On se disait : « on ne va pas y arriver, qu’est-ce qu’on fait maintenant, est-ce qu’on le tire encore plus dans la noirceur ou est-ce qu’on le ramène vers un public plus jeune ». C’est là que j’ai eu l’idée de ce chat qui passait d’une maison à l’autre. Parfois les contraintes permettent de se réinventer. L’ambition était, à travers ce personnage, de lier deux univers différents. » déclare Alain Gagnol.
Les réécritures se sont donc succédé. La première version était plus noire et plus violente, la seconde, plus burlesque : « Notre film a trouvé sa forme définitive quand nous avons compris que nous voulions avant tout faire un film pour toute la famille. Le jeune public doit être autant respecté que le public adulte. » Ce mélange inédit a séduit le duo : « réaliser un film noir pour enfants est aussi une démarche originale qui rendait le projet d’autant plus passionnant […] N’importe quelle histoire est valable et le polar est un genre aux côtés des autres genres comme la science-fiction. L'originalité est de l’avoir transposé à l’animation, mais c’est là encore le résultat d’un hasard. »
Celui qui fait le passeur entre ces deux univers n’est autre que Dino, un beau personnage, un chat noir d’une sensibilité extraordinaire. Dino est à la fois un chat de gouttière, mais aussi un animal domestiqué. Il a une intelligence hors du commun : comprenant les hommes et les situations mieux que personne, ce matou soutient Zoé, prend sa défense contre les méchants, repère la duplicité de Claudine, donne parfois l’alerte à Nico en cas de danger.

ANALYSE FILMIQUE DE LA SÉQUENCE D’OUVERTURE

Les scènes d’exposition en littérature ou au cinéma ont deux fonctions principales. D’une part, donner les informations essentielles aux spectateurs pour la compréhension de l’intrigue. Elles répondent donc aux questions suivantes : qui sont les personnages ? Quelles sont leurs relations ? Où sont-ils ? Quelle est l’intrigue ? Quand se déroule-t-elle ? Quel est le genre du film ? D’autre part, une scène d’ouverture doit piquer la curiosité du spectateur en créant du suspense ou des interrogations afin de maintenir son intérêt. Nous ne sommes pas en reste.

Un plan d’ensemble plante le décor et le genre du film. On est en ville, sur les toits de Paris. Une musique de jazz composée par Serge Bresset accompagne ces premières images. D’emblée les codes du genre policier se dessinent : un cadre urbain, une musique de jazz, du mystère, des personnages haut en couleurs et une scène d’action...un cambriolage. Le jazz est souvent considéré comme emblématique du genre policier : à son apparition, il était joué dans des bars mal famés aux Etats-Unis dans les années 30.
Le plan d’ensemble permet de situer l’action en présentant le décor, l’atmosphère, le moment de la journée.
Les personnages principaux apparaissent et intriguent le spectateur. Qui est donc ce monte-en-l’air suivi d’un chat ? Que font-ils sur les toits de Paris ?
Les toits de Paris rappellent l’imaginaire de Fantômas d’André Hunebelle (1964), où des voleurs masqués échappent à la police en passant par les toits de la ville. Une contre-plongée est utilisée (la caméra est placée en-dessous du sujet).
Les ombres qui se dessinent dans ces rues sombres participent de l’atmosphère mystérieuse, tout en rappelant l’esthétique du cinéma expressionniste allemand.
Une scène de jour succède à ce début in media res, qui permet de présenter les relations entre les personnages, et la vie diurne du félin.
La complicité entre Dino et Zoé saute aux yeux : l’animal vient lui apporter des lézards, tandis que Zoé le caresse affectueusement. Par ailleurs, des effets d’annonce sont présents dans le décor : le tapis avec le poisson évoque le bracelet volé qui joue un rôle ensuite dans l’intrigue.
La première séquence expose les difficultés des personnages, créant ainsi un "nœud" dramatique. Zoé a besoin de réconfort. La relation avec sa mère Jeanne dysfonctionne, comme l’atteste la mise en scène. Dans ce plan moyen, la fillette cherche à montrer le cadeau de Dino, mais sa mère regarde dans la direction opposée. La bande-son (dialogue de sa mère au téléphone) met en lumière son indisponibilité : elle se réfugie dans le travail pour oublier la mort de son mari.
La distribution des rôles se devine : on voit vite les archétypes du film policier.
Les ongles vernis d’un rouge vif, ainsi que ce produit de ménage tenu comme un pistolet annonce la duplicité de Claudine qui incarnera le rôle du traître.
Le parfum de Claudine révèle son statut de faux-allié. Déplaisant, il provoque des réactions épidermiques du chat qui a le nez fin !
Si l’on reconnaît de prime abord les codes du polar, on peut aussi s’amuser de leur détournement. La scène de cambriolage qui tourne mal est renversée : Nico s’échappe avec habileté du musée après avoir dérobé quelques bijoux, et prouve son talent de monte-en-l’air. Le traitement de la scène est singulier : le suspense et l’humour s’entremêlent pour surprendre le spectateur. Placées au début, ces scènes posent les fondations du film.
D’abord, on peut noter l’utilisation d’un registre burlesque qui est filé tout au long du film. De l’italien burlesco, dérivé de burla qui signifie « farce, plaisanterie », le burlesque est un genre qui repose sur les accidents comiques souvent spectaculaires, générés par le corps (la chute, les conflits, les confrontations, les bastonnades, etc).
Nico parodie les gestes du gardien. Son intelligence et son talent nous bluffent. On éprouve immédiatement de la sympathie pour ce personnage qui rappelle certaines imitations de Max Linder.
Les deux gardiens courent dans le musée, avec leur talkie-walkie, sous le bruit strident des sirènes. Un montage alterné est utilisé : ce procédé accentue la tension dramatique en juxtaposant deux plans qui se passent au même moment mais dans un lieu différent.
Cette chute inévitable est un gag burlesque, qui rappelle ceux de Buster Keaton, Charlie Chaplin ou Laurel et Hardy.
Le running gag avec le chien Ruffus qui aboie et reçoit inlassablement des projectiles en pleine figure, s’inscrit dans la même veine burlesque. Un running gag est une scène destinée à faire rire et qui revient plusieurs fois dans le film, sous une forme légèrement différente.
Ce registre comique n’empêche pas l’introduction de thèmes plus sombres. « Je sais à qui tu penses, je ne connais pas de chose plus triste que d’avoir perdu son papa. Nous devons continuer à vivre sans lui. » dit Jeanne à Zoé dans la cuisine. La famille est en deuil : Zoé est mutique depuis la mort de son père, et Jeanne attend avec impatience que sa fille prononce le mot « maman », expression qui n’apparaîtra que vers la fin du film, montrant ainsi que les conflits sont enfin résolus. Le thème de la solitude tient aussi une place importante. Il se traduit par le silence de Zoé qui exprime son manque, son mal-être par un repli sur soi, la solitude de Jeanne qui se réfugie dans le travail, celle de Nico également. Le spectateur tangue donc entre un registre comique et dramatique.
« Tu peux rester, ça ne me dérange pas. De toute façon, je suis toujours tout seul » déclare Nico à Dino. Ce plan en légère plongée où l’on voit le chat disparaître dans les feuillages accentue la solitude de Nico. La distance qui les sépare est rendue sensible par la composition du plan, traversé par une longue diagonale vide.
Cette séquence d’ouverture présente donc les personnages, leurs relations, l’intrigue ainsi que le genre du film tout en piquant notre curiosité. « La principale originalité du film est de vouloir faire goûter au très jeune public les délices d’un genre qu’on lui destine rarement : le polar, registre familier d’Alain Gagnol, qui publie dans la Série noire » déclare un critique dans Positif (février 2011, n°600).
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